Archive pour la catégorie ‘Ecrits venus d'ailleurs’

Non mais sans déconner, tu veux pas venir sous mon bureau ?

Je te vois hésiter, faire la moue.
Mais je sens aussi que tu as envie.
Tu passe ta langue sur tes dents, puis tes lèvres.
Tu t’étires, t’allonges sur le canapé.
Tu fais la belle, l’indifférente, blasée,… intimidée.
Je ne répète pas ma question, peut-être que tu ne m’as pas entendue, pas comprise, en fait et que je me fais des films, c‘est fort possible aussi, depuis quelques temps je délire…. Tu te cambres… putain… tu joues… à quatre pattes, sexy, tu descends félinement du canapé, sans me lâcher des prunelles… tu te frottes contre ma jambes, furtivement je te caresse, tu minaudes, tu me griffes la cheville, tu ronronnes, où peut-être tu gémis,… maman m’a offert une chatte lesbienne.

Brute de butch

On ne dira jamais à quel point le statut de butch est exigeant. Coincées quelque part entre D’Artagnan et Lady Oscar (on préfère quand même être plutôt coincée contre la dernière), il nous faut assurer, tous les jours… J’ai bien un instant rêvé d’être une Tony Lix des temps modernes. J’ai même essayé très fort. Alors, mettons les choses au point tout de suite : déclarer votre flamme ou tout autre chose à une nana d’aujourd’hui avec un genou à terre, ça le fait pas. J’ai testé, quand j’étais petite. A part la pitié, ça ne provoque pas grand-chose en face. Forte de cette expérience (j’avais compris qu’il fallait adapter Lady Oscar), j’ai pensé à devenir garde du corps (hum) ou pilote de chasse… Résultat de quelques années d’errance sur les bancs fournis par l’Education Nationale : j’ai fini prof (et oui, encore une). Prof et butch.

J’en connais qui prétendent qu’être butch, c’est céder à la facilité. D’une certaine façon, oui. On n’est plus emmerdé par les mecs qui ont la comprenotte un peu lente. On peut aussi optimiser la gestion des fringues (une seule boutique, trois couleurs interchangeables : je peux m’habiller le matin les yeux fermés). Vous voyez un autre avantage ? Moi, non. Il ne reste plus en stock que les emmerdements. Parce que le statut moderne la butch, ce n’est pas une sinécure. Il faut en permanence être tout à la fois :

·         le pilier calme, sage et posée contre lequel on vient se lamenter et se rassurer ;

·         la force tranquille, fiable et infaillible et ce, dans toutes les tempêtes de la vie, de l’amour et de l’amitié ;

·         LA ressource de toutes les paniques techniques : mon évier est bouché, ma voiture ne démarre plus, mon toit fuit, mon mur se fendille, mon meuble se disloque, ma machine à laver fume (et oui, ça arrive), etc.

Parce que la Lady Oscar des temps modernes… Ben elle n’a plus d’épée mais un tournevis.

C’est que ça coûte la peau du cul, l’équipement de la bucth-ressource. Il faut pouvoir répondre dans tous les secteurs : électricité, plomberie, carrelage, peinture, plâtrerie, terrassement, charpente, menuiserie, maçonnerie… Alors, ce que j’économise en n’achetant pas de maquillage, en me contentant de mes culottes de grands-mères, de mes tee-shirts informes, de mes jeans sacs-de-patates… Et bien je le dépense en équipement. En gros, trois secteurs d’investissement sont nécessaires :

1-    L’outil qui fait la différence : 6 jeux de clefs différents, 47 têtes de tournevis, 5 marteaux (de poids et formes différents), 14 pinces, 3 perceuses (une visseuse, une perceuse et un perforateur), 7 cutters… vous avez toujours mieux que la boîte à outils de base…

2-    L’outil qui vous fait ressentir ce que ressentait Superman en soulevant des montagnes (euh, il a bien dû en soulever une, non ?) : si vous n’avez jamais découpé une dalle de béton avec une disqueuse de compet’ ou explosé la même dalle de béton avec un marteau-piqueur, vous ne pouvez pas comprendre…

3-    L’outil qui fait l’apparence : dans la catégorie, j’ai récemment craqué pour le marteau et la ceinture à outils de charpentier…

Et encore, je ne parlais ici que de l’équipement. Parce que, en plus, y’a les fringues. Il faut au minimum trois tenues : charpentier (jean délavé-usé, chemise à carreau), peintre-plâtrier (combi/salopette blanche) et mécano (combi bleu). Je passe sur les subtiles variantes indispensables (bandana, casquette, ceintures…). J’ajoute quand même qu’il ne faut pas négliger le problème des chaussures, de sécurité de préférence (avec un bout de pied renforcé)…

[Oh toi, là bas, ça suffit !!! mais non ce ne sont pas les mêmes chaussures que celles que je porte tous les jours. D’habitude, j’ai des chaussures de marche… Là, ce sont des chaussures de SECURITE ! ]

Sans compter les dépenses « pour pouvoir assurer »… je pense notamment au matériel d’escalade que j’utilise pour aller sur le toit. Ben oui, c’est pas forcément nécessaire… Sauf que j’ai un peu le vertige et que je dors plus pendant 15 jours du moment où je sais que je vais devoir monter sur le toit. Mais il faut quand même que j’y aille, sur le toit. Parce qu’il faut que j’assure. Comme tous les jours. Parce que je suis LA butch. Et que je ne peux pas avoir peur.

 

Non mais c’est n’importe quoi, ce trip. Quand je pense que c’est à cause de trucs comme ça que j’ai du mal avec la plupart des mecs. J’ai d’ailleurs aussi le même mal avec les autres butchs. Normal, je n’aime pas la concurrence. C’est vraiment n’importe quoi. Faut que je me soigne.